24 juin 2026
Îlots de chaleur à Bordeaux Lac : comment Nhood évalue l’impact de la renaturation avec UrbanThink

Les zones commerciales font partie des espaces particulièrement exposés aux fortes chaleurs. Les grandes surfaces minérales, les parkings, les bâtiments et la faible présence de sols naturels favorisent l’accumulation de chaleur pendant la journée, puis sa restitution progressive dans l’environnement.
À Bordeaux Lac, Nhood s’appuie sur les analyses et les modélisations d’UrbanThink pour mieux comprendre ce phénomène, mesurer l’impact des premiers travaux de renaturation et identifier les leviers à mobiliser pour renforcer durablement la résilience climatique du site.
L’objectif ne consiste pas seulement à végétaliser, mais à comprendre où agir, comment combiner les solutions et à quelle échelle intervenir pour obtenir un effet de rafraîchissement significatif.
Pourquoi les zones commerciales concentrent-elles la chaleur ?
Les zones commerciales ont souvent été conçues autour de l’accessibilité automobile, avec de vastes parkings, des voies de circulation et des bâtiments entourés de surfaces imperméables.
Ces revêtements minéraux absorbent une part importante du rayonnement solaire pendant la journée. L’enrobé, le béton et certaines toitures peuvent ainsi atteindre des températures très élevées avant de restituer progressivement la chaleur accumulée.
Dans le même temps, la faible présence de végétation et de sols en pleine terre limite les mécanismes naturels de rafraîchissement. L’eau s’infiltre moins facilement, l’évapotranspiration diminue et les zones ombragées restent peu nombreuses.
Cette combinaison entre artificialisation des sols, manque d’ombrage et inertie thermique des matériaux favorise la formation d’îlots de chaleur.
Les conséquences sont nombreuses. Elles concernent le confort des visiteurs et des salariés, l’attractivité des espaces extérieurs, la consommation énergétique des bâtiments, la gestion des eaux pluviales et, plus largement, la capacité du site à s’adapter aux épisodes de chaleur plus fréquents.

Bordeaux Lac, un site fortement minéralisé
Le centre commercial Aushopping Bordeaux Lac se situe à l’entrée nord de Bordeaux, à proximité du lac et de l’autoroute A630. Ce secteur, urbanisé progressivement à partir des années 1960, rassemble aujourd’hui de nombreux bâtiments, équipements, voiries et espaces de stationnement.
Le développement successif des différentes parcelles a créé un ensemble fragmenté, marqué par de nombreuses surfaces artificialisées et par des continuités écologiques limitées.
Les analyses réalisées sur le site révèlent notamment une différence importante entre le périmètre global de la zone commerciale, qui s’étend sur plus de 53 hectares, et celui du centre commercial lui-même.
La part de pleine terre atteint 36,3 % sur le périmètre global, mais seulement 15,4 % sur le périmètre plus restreint du centre commercial.
Cette faible présence de sols naturels réduit la capacité du site à infiltrer l’eau, à accueillir une végétation importante et à bénéficier des effets de rafraîchissement associés.
Les cartes produites par UrbanThink font apparaître une valeur moyenne maximale de température de surface de 38,8 °C lors d’une journée chaude de juillet. Certaines zones, notamment les parkings et les surfaces entièrement imperméabilisées, peuvent dépasser 45 °C.
Les espaces les plus minéralisés deviennent ainsi les principaux points chauds du site.

Comment UrbanThink modélise les températures de surface
Pour comprendre précisément le comportement thermique du site, UrbanThink croise plusieurs sources de données géographiques et environnementales.
L’analyse s’appuie notamment sur les données ouvertes de Bordeaux Métropole, la BD TOPO et la donnée d’occupation du sol CosIA de l’IGN, le LiDAR HD, des relevés réalisés sur place ainsi que les modèles développés par UrbanThink.
Ces informations permettent de caractériser la nature des sols, la présence de végétation, les bâtiments, les hauteurs, les zones d’ombre et les différentes surfaces artificialisées.
Elles sont ensuite intégrées dans les modèles afin de produire des cartographies détaillées des températures de surface et d’identifier les secteurs les plus exposés.
La cartographie transforme ainsi un phénomène diffus en une information localisée et exploitable.
Plutôt que de considérer l’ensemble du centre commercial comme une seule zone chaude, la modélisation permet de distinguer les parkings, les parvis, les façades exposées, les zones végétalisées et les espaces bénéficiant déjà d’un meilleur ombrage.
Cette lecture facilite la priorisation des interventions et permet de concentrer les investissements sur les secteurs où les bénéfices attendus sont les plus importants.

Comparer les scénarios pour mesurer l’effet des aménagements
L’intérêt de la modélisation ne réside pas uniquement dans l’identification des zones les plus chaudes. Elle permet également de tester plusieurs hypothèses de transformation du site et de comparer leurs effets avant d’engager les travaux.
UrbanThink a ainsi modélisé l’état initial de Bordeaux Lac, puis deux scénarios d’aménagement, dans des conditions météorologiques extrêmes identiques.
Dans l’état initial, la température de surface maximale moyenne atteint 40,2 °C. Cette situation s’explique notamment par la présence importante d’enrobé bitumineux noir, qui représente près de 34,8 % de l’occupation du sol modélisée. Les cartes font apparaître de vastes surfaces comprises entre 50 et 55 °C, principalement au niveau des parkings, des voies de circulation et des secteurs les plus minéralisés.
Le scénario 1C prévoit une transformation importante de l’occupation du sol, avec une réduction de la part d’enrobé noir à environ 14,9 % et une augmentation des surfaces végétalisées. Dans cette configuration, la température de surface maximale moyenne descend à 34,6 °C, soit une diminution modélisée de 5,6 °C par rapport à l’état initial.
Le scénario 2 réduit également les surfaces les plus minérales, mais conserve une part d’enrobé noir légèrement plus importante, proche de 18 %. La température de surface maximale moyenne atteint alors 36 °C, soit une diminution modélisée de 4,2 °C par rapport à l’état initial.
Les deux scénarios améliorent donc nettement le comportement thermique du site, mais le scénario 1C présente les résultats les plus favorables dans les conditions étudiées.
Cette comparaison montre que la quantité de végétation ne constitue pas le seul facteur déterminant. La localisation des arbres, la continuité des espaces plantés, la réduction des surfaces sombres, la nature des revêtements et l’organisation générale du site influencent également fortement les températures de surface.
La modélisation permet ainsi de dépasser une logique fondée sur le nombre d’arbres plantés pour évaluer la performance globale de chaque scénario d’aménagement.

Pourquoi l’effet de rafraîchissement reste localisé
Les simulations réalisées après les premiers travaux montrent un effet de rafraîchissement au niveau des zones directement renaturées, notamment à proximité de l’entrée du centre commercial.
Cependant, la majorité du site reste exposée à des températures de surface élevées. Les surfaces minérales, les parkings et les espaces non traités continuent d’accumuler une quantité importante de chaleur.
La végétalisation améliore localement les conditions, mais son effet reste limité lorsqu’elle est déployée uniquement sur une petite partie d’un site fortement artificialisé.
Il est également important de préciser que les simulations réalisées avant et après les travaux reposent sur des hypothèses météorologiques différentes. Les cartes produites après la renaturation correspondent à une situation de canicule, avec une température moyenne de l’air de 40,8 °C.
Elles permettent donc d’identifier le comportement thermique des différents espaces et les effets localisés des aménagements, mais elles ne doivent pas être utilisées pour annoncer une baisse précise de température entre la situation initiale et la situation rénovée.
Un autre facteur doit être pris en compte. Les arbres nouvellement plantés ne produisent pas immédiatement leur effet maximal. Leur capacité à apporter de l’ombre et à rafraîchir l’air augmente progressivement avec leur croissance.
Le temps de l’aménagement et celui des bénéfices climatiques ne sont pas toujours les mêmes.

Passer d’actions ponctuelles à une stratégie climatique globale
Les résultats mettent en évidence la nécessité de dépasser une approche fondée sur une solution unique.
La renaturation reste un levier essentiel, mais elle doit être combinée avec d’autres actions adaptées aux caractéristiques du site.
L’augmentation de la pleine terre, la création de continuités végétales, le développement de l’ombrage et une meilleure gestion de l’eau peuvent être complétés par une réflexion sur la couleur et l’albédo des matériaux, la morphologie des bâtiments, les revêtements des parkings ou encore la circulation de l’air.
Les trames vertes et bleues peuvent également jouer un rôle important. En reliant les espaces végétalisés situés autour du lac, les secteurs résidentiels et la zone commerciale, elles peuvent renforcer les mécanismes naturels de rafraîchissement et éviter que les aménagements restent isolés les uns des autres.
L’efficacité d’une stratégie contre les îlots de chaleur dépend autant de la qualité des aménagements que de leur continuité et de leur échelle de déploiement.
Pour un site de plus de 53 hectares, la transformation nécessite donc une programmation progressive, articulant les interventions à court terme avec une vision de long terme.

Comment ThinkCities® aide à comparer les scénarios d’aménagement
ThinkCities® permet de réunir dans une même plateforme les données relatives aux sols, aux bâtiments, à la végétation, à l’eau et aux conditions climatiques.
Les gestionnaires peuvent visualiser les zones les plus exposées, comparer les caractéristiques des différents espaces et identifier les secteurs sur lesquels intervenir en priorité.
La plateforme permet également de simuler plusieurs scénarios d’aménagement. Il devient ainsi possible de comparer les effets potentiels d’une désimperméabilisation, de nouvelles plantations, de la création d’ombrières ou de l’utilisation de matériaux plus réfléchissants.
Le jumeau numérique aide à tester les choix avant leur mise en œuvre et à objectiver les arbitrages entre impact, coût et faisabilité.
Après les travaux, les mêmes indicateurs peuvent être utilisés pour suivre l’évolution du site, mesurer les effets des aménagements et ajuster progressivement la stratégie.
L’étude menée à Bordeaux Lac montre ainsi que la donnée et la modélisation ne remplacent pas l’action. Elles permettent de mieux la cibler, de l’évaluer et de l’inscrire dans une démarche cohérente à l’échelle du site.
Face aux îlots de chaleur, l’enjeu n’est pas seulement de végétaliser davantage, mais de construire une stratégie globale, mesurable et adaptée aux usages réels.
Vous souhaitez cartographier les îlots de chaleur de vos sites et comparer plusieurs scénarios de renaturation ? Découvrez comment UrbanThink et ThinkCities® peuvent vous accompagner.




