2040 : la nouvelle frontière climatique européenne qui va remodeler les modèles économiques
L’Union européenne a posé un jalon qui va redéfinir les trajectoires économiques des vingt prochaines années. En novembre 2025, le Conseil de l’UE et le Parlement européen ont adopté leurs positions sur la révision de la loi européenne sur le climat, établissant un objectif contraignant inédit : reduire de 90% les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2040, par rapport à 1990.
Ce cap intermédiaire, situé entre l’effort déjà engagé pour 2030 (–55%) et la neutralité climatique visée en 2050, crée une nouvelle frontière réglementaire et technologique. Pour les entreprises comme pour les collectivités, il ne s’agit plus simplement d’ajuster leurs pratiques : leurs modèles économiques et énergétiques devront évoluer en profondeur.
Un objectif de –90% qui fixe un cadre irréversible
Le Conseil et le Parlement convergent pleinement sur ce point :
➡️ la décarbonation massive devient la norme,
➡️ tous les secteurs économiques seront concernés,
➡️ la réduction des émissions internes reste prioritaire,
➡️ les mécanismes de compensation ne jouent qu’un rôle complémentaire strictement encadré.
Cet objectif sert désormais de boussole pour les politiques industrielles, les investissements bas-carbone et les stratégies climat des organisations.
Trois leviers de flexibilité pour atteindre cette ambition
Pour maintenir la faisabilité du cap 2040, l’UE prévoit plusieurs mécanismes qui permettent d’adapter l’effort aux réalités technologiques et sectorielles.
1. Les crédits carbone internationaux : un usage limité mais structurant
À partir de 2036, les États membres pourront utiliser des crédits carbone internationaux dans la limite de 5% des émissions de 1990.
Les deux institutions y consentent, tout en introduisant des garde-fous importants :
phase pilote entre 2031 et 2035,
exigences strictes de qualité et de vérification,
priorité aux réductions domestiques.
💡 Implication pour les entreprises : Les crédits internationaux ne régleront pas le problème : ils offriront une marge pour les secteurs où les réductions sont techniquement très difficiles. Les organisations devront donc se concentrer d’abord sur la réduction réelle de leurs émissions internes.
2. Les absorptions permanentes de carbone : un pilier pour les émissions résiduelles
Les technologies de captage et stockage du carbone — qu’il s’agisse de bioCSC, de captage direct dans l’air (DACCS) ou de stockage géologique — prennent une place croissante dans l’architecture climatique européenne.
Le Parlement souhaite les intégrer directement dans le système ETS pour compenser des émissions résiduelles incompressibles.
Le Conseil reconnaît leur rôle mais reste prudent sur leur intégration opérationnelle.
💡 Implication pour les entreprises fortement émettrices : Cimenteries, aciéries, chimie lourde : ces secteurs devront prévoir des solutions de captage et stockage au sein de leur feuille de route 2030–2040.
3. Une flexibilité intersectorielle élargie pour coordonner les efforts
L’UE souhaite faciliter les ajustements entre :
les secteurs couverts par les différents régimes réglementaires (ETS, ESR, LULUCF),
les outils de régulation carbone,
les États membres aux structures économiques différentes.
Un point clé : le report du SEQE 2
Le lancement du système d’échange de quotas pour les bâtiments et les transports routiers est repoussé d’un an, passant de 2027 à 2028.
Ce délai vise à :
laisser plus de temps aux acteurs pour s’adapter,
permettre une meilleure préparation administrative,
réduire les risques socio-économiques liés au calendrier initial.
Prochaines étapes : la négociation finale
Les positions adoptées serviront de base au trilogue qui réunira :
la Commission européenne,
le Conseil de l’UE,
le Parlement européen.
L’objectif : finaliser le texte au premier semestre 2026 afin d’inscrire officiellement l’objectif 2040 dans la loi européenne sur le climat.
Ce que les organisations doivent anticiper dès maintenant
1. La décennie 2030–2040 sera celle de la transformation profonde
Électrification, sobriété, efficacité énergétique, nouveaux procédés industriels… Les mutations seront structurelles, pas marginales.
2. Les coûts carbone vont augmenter
Quotas plus rares, exigences plus fortes, obligations de reporting : la pression réglementaire va s’intensifier.
3. Les technologies de rupture deviennent stratégiques
Captage du carbone, matériaux bas-carbone, stockage énergétique, numérique au service de la transition : les projets d’innovation seront essentiels.
4. Les entreprises devront embarquer toute leur chaîne de valeur
Fournisseurs, partenaires, sous-traitants : l’empreinte indirecte (scope 3) deviendra un enjeu central.
Bien que la majorité des entreprises ayant publié en 2025 aient fixé des objectifs de réduction d'émissions, moins de la moitié ont communiqué un plan de transition climatique précis et détaillé. Les lacunes identifiées sont :
Conclusion : un changement d’échelle pour la transition européenne
L’objectif de –90% en 2040 n’est pas un simple ajustement réglementaire :
c’est une refondation du modèle économique européen.
Les organisations qui anticipent dès aujourd’hui :
la réduction massive de leurs émissions,
la réorganisation de leurs process productifs,
la maîtrise des données carbone,
l’intégration de solutions numériques et techniques de pilotage,
seront mieux positionnées pour affronter cette nouvelle frontière climatique et rester compétitives dans un marché où le carbone devient un facteur déterminant.







